top of page
  • stephanevideloup21

L’EVAPORATION DE L’HOMME

Identité masculine ? Malaise des hommes ?


Malaise des hommes oui, mais de quels hommes et quel malaise ?

Malaise des hommes qui n’arrivent pas à accepter l’égalité en droits entre les hommes et les femmes et qui regrettent les temps bénis où ils pouvaient dominer les femmes. Mais qui va les plaindre ?

Malaise des autres hommes ? De ceux qui veulent changer ? De ceux qui se posent des questions ? De ceux qui veulent plus de démocratie ?

Relativement épargnés par les féministes qui concentrent leurs attaques contre les incorrigibles machos, ils sont un peu oubliés, ou plutôt si l’on s’intéresse à eux, c’est souvent, plutôt pour se féliciter de leur évolution qui apparaît comme un phénomène marquant de ce début de XXIème siècle.

« Le vieil homme est mort » et pourtant certains hommes dit modernes, ne font qu’essayer de changer et parfois même ne savent plus comment être. D’autres ne sont tellement plus solides, qu’ils se liquéfient devant les injonctions de la nouvelle société et même sans trop s’en rendre compte, et discrètement, s’évaporent.

Alors pourquoi oser reprendre le titre du film d’Imamura, et parler de « l’évaporation de l’homme » ? Ces hommes nouveaux connaissent, comme les hommes de toutes les époques, la difficulté d’être des hommes, comme il existe aussi, pour les femmes, une difficulté à savoir quelle femme elles sont. Ils semblent, aussi rencontrer de nouveaux problèmes dans la société et la famille d’aujourd’hui.

  1) La difficulté d’être un homme

Simone de Beauvoir l’avait dit pour les femmes mais c’est peut-être encore plus vrai pour les hommes : « on ne naît pas homme on le devient ». En effet, il faut déjà l’intervention du Y différent pour venir contrarier la prédisposition des chromosomes X à donner une fille. Puis, le fœtus mâle va être littéralement bombardé de testostérone pour en faire un garçon. Ensuite, tout enfant, garçon ou fille semble s’identifier d’abord à sa maman, à celle qui l’a porté neuf mois et avec qui il forme une dyade nécessaire dans les premiers jours de la vie.

En grandissant, la fille qui est née d’un ventre du même sexe reste dans la fusion et peut continuer de suivre son modèle premier et de se sentir toute-puissante comme elle. Le petit garçon, au contraire, pour devenir un homme, est obligé de renoncer à son idéal. Cette castration primaire est terrible et il doit la refouler pour pouvoir la supporter et se construire

autrement, en regardant ailleurs, vers l’autre différent. Ce sont ces rapports à la maman et à la toute-puissance fantasmatique qui entraîneraient une structuration du psychisme différente chez le garçon et la fille et ceci quelle que soit la culture dans laquelle ils sont plongés.

C’est ainsi que pris entre sa fascination pour la maman et l’obligation de regarder ailleurs, le garçon a des difficultés à savoir ce qu’il doit être et ne sait jamais vraiment, même devenu adulte, ce que c’est qu’être un homme. C’est parce qu’il en doute, que lui dire « tu n’es pas un

homme » est pour lui une insulte insupportable. C’est peut-être aussi pour se prouver qu’il en est un, qu’il a besoin d’agir et de viser la performance et souvent le pouvoir.

L’histoire nous montre un homme qui pour compenser la toute-puissance fantasmatique perdue a mis en place, depuis le Néolithique, des sociétés patriarcales fondées sur la domination incontestée des pères et donc des hommes sur les femmes. Celle-ci a commencé à être discutée vers le XVème siècle quand, après de multiples abus, les protestants et les humanistes ont remis en cause ce qui légitimait leur autorité : l’origine divine de leur pouvoir. Cette nouvelle vision du monde a amené le siècle des Lumières puis la Révolution qui a condamné le roi père de la nation

et comme le disait Balzac, coupé la tête à tous les pères, lieutenant de Dieu dans la sphère privée. La marche vers la démocratie s’est faite ensuite lentement mais inexorablement pour aboutir, après la révolution culturelle des années 60 - 70, dans les textes, au moins, à une égalité en

droits entre les hommes et les femmes.

Aujourd’hui, la nouvelle vision du monde que nous pouvons appeler « féministe » dans la mesure où elle s’oppose en tous points à l’idéologie « machiste », devient dominante. Ceci bien sûr ne veut pas dire que, dans les faits, les femmes ont pris le pouvoir mais que cette vision du monde est celle de la majorité. Cette révolte adolescente a permis, au moins dans les pays occidentaux, une avancée indéniable sur le chemin de la démocratie. Cependant, comme dans toute réaction, il y a des dérives et des conséquences moins positives pour les hommes et les femmes.

 

2) Les difficultés de l’homme nouveau dans la société nouvelle

Une des dérives de la vision du monde féministe, et non la moindre, est celle de militants qui pour s’imposer, ou pour se défendre, développent une idéologie et n’arrivent plus à concevoir qu’ils puissent dériver. Plus  

concrètement, les dérives de cette idéologie sont d’opposer au sexisme et à l’autoritarisme de la société patriarcale traditionnelle, une égalité en droits et une liberté qui ont tendance à se transformer en droit à l’égalité et en toute-puissance.

a) L’égalitarisme

L’égalitarisme se traduit notamment, après la négation de la différence des sexes par le sexisme mâle, par une nouvelle négation de la différence des sexes. Pour remédier à une différence toujours difficile à vivre, les misogynes résolvent la question en faisant de la différence

féminine une infériorité. Aujourd’hui, pour évacuer ce problème, les théoriciens du genre, dans le vent, n’hésitent pas à déclarer, que les différences autres que physiologiques ne peuvent être que la conséquence d’une construction sociale sexiste. Pour nous persuader que celles-ci n’ont pas de raison d’être, il est même avancé que chaque humain, homme ou femme, possède une part égale de masculinité et de féminité et qu’il peut et doit développer les deux. Ceci ne poserait pas de problème si les qualités exigées aujourd’hui n’étaient pas, comme par hasard, uniquement celles considérées, auparavant, comme étant l’apanage des femmes : la sensibilité, la spontanéité, la proximité, la complicité, l’écoute, la compassion, la flexibilité, la non-violence… et qui sont opposées à celles attribuées aux hommes : la froideur, la rigueur, la distance, la droiture, la fermeté, la violence … Ainsi, en réaction à la masculinité qui était vénérée, la féminité devient aujourd’hui l’idéal que l’homme comme la femme doivent atteindre.

Le versant masculin et adulte est balayé et tout ce qui se rapporte à la féminité et à l’enfance autrefois étouffées par l’homme, est aujourd’hui mis en avant : « le rêve égalitaire a démantelé la masculinité (…) cela s’est traduit par un rejet des valeurs masculines et l’idéalisation des valeurs féminines » nous dit Elisabeth Badinter dans XY de l’identité masculine.

Alors que la femme, à qui on ne reconnaissait pas autant de qualités dites masculines qu’à l’homme, était considérée comme un homme incomplet, il est demandé aujourd’hui aux hommes d’être et de se comporter comme la femme pour ne pas passer pour des machos arriérés qui refusent l’évolution. Culpabilisés, ils ont même un devoir de repentance d’appartenir à la race des hommes et presque une obligation de soin pour rattraper le retard qu’ils conserveraient sur les femmes. Ainsi pour retrouver une unité utopique, il est prescrit à « l’homme nouveau » de se conformer à l’image de la femme. Celui-ci fait ce qu’il peut, mais comment voulez-vous qu’il « se sente bien dans ses baskets » et à plus forte raison dans des talons hauts ?

 

b) Le glissement de la liberté vers la toute-puissance

« Qui a peur du deuxième sexe » nous demande Cécile Daumas. Eh bien si le deuxième sexe désigne toujours les femmes, il est possible de lui répondre : tous les hommes et de plus en plus. Les hommes ont toujours eu peur de la toute-puissance de la femme et par crainte de ne pouvoir la gérer, ils ont cherché à la maîtriser. C’est la raison pour laquelle, ils se sont donnés des pouvoirs qui, pour être équivalents, ne pouvaient qu’être aussi fantasmatiques et donc venir de dieux. Avec la remise en cause des pouvoirs divins, ils en ont perdu la légitimité et petit à petit l’exclusivité.

Aujourd’hui, si certains réactionnaires sont dans le regret, les hommes modernes ne s’inquiètent pas spécialement de la conquête de l’égalité en droits par les femmes. On ne peut pas dire qu’ils souhaitent se heurter à cette nouvelle concurrence car celle-ci les oblige à se battre davantage et à être encore plus diabolisés, mais ils ne la craignent pas. Au contraire, quand les femmes arrivent

à un poste de direction, elles « tombent », à leurs yeux, de la toute-puissance fantasmatique illimitée et effrayante à un pouvoir réel qui peut être important, certes, mais qui est, lui, toujours limité. Et ils le connaissent bien et savent l’affronter. Ils craignent par contre beaucoup plus qu’avant la toute-puissance féminine qu’ils n’ont plus les moyens de gérer. En effet au nom de la liberté, la féminité autrefois verrouillée a été libérée et peut s’étaler au grand jour sans aucune retenue.

De nombreuses règles ayant été appliquées de façon sexiste ont été supprimées.

Ainsi au nom d’une politique du « tout sauf le tchador » les femmes peuvent exposer les emblèmes vivants de leur féminité. Elles peuvent même demander aux hommes de se comporter en pur esprit et de ne plus avoir que des désirs « flottants » s’ils ne veulent pas être accusés de « proposition sexuelle non voulue », c’est à dire de harcèlement sexuel. Ils n’ont pourtant pas beaucoup d’efforts à faire, parfois, pour les déshabiller du regard et il serait peut-être intéressant de se demander, dans ces cas, d’où vient « la proposition sexuelle » ?

Les soixante-huitards ont voulu libérer la sexualité et ils ont presque atteint leur but, mais n’en arrive-t-on pas aujourd’hui à demander aux hommes de s’en libérer ?

Autre exemple de la confusion entre liberté et toute-puissance : la violence ! La violence faite aux femmes est à la une de l’actualité et il est vrai que celle-ci est inadmissible. Nous entendons par contre beaucoup moins discuter de la violence faite aux hommes par les femmes et pourtant elle existe aussi. Il n’est pas question ici de faire des comparaisons malsaines, mais, puisque le sujet est le malaise des hommes, de comprendre celle qu’ils subissent et qui n’est pas forcément celle à laquelle on pense. En effet les hommes peuvent être victimes de la violence physique des femmes, mais de la même façon que la prise du pouvoir par la femme la replace, dans le regard de l’homme, dans un domaine réel et connu d’eux, la claque que donne une femme sous l’emprise de la colère

la rabaisse aussi à un niveau que l’homme maîtrise.

Il n’en est pas de même des mots, des insultes envoyés avec froideur du haut de leur toute-puissance et qui terrifient les hommes, « bêtement » humains. Ces agressions verbales réactivent la blessure de la castration primaire, les renvoient à leur non toute-puissance et à leur incertitude sur leur identité. De même qu’ils ont refoulé la première souffrance, ils ne sont souvent pas davantage prêts à reconnaître cette blessure psychique. Persuadés de la totale légitimité de cette

utilisation de la liberté par les femmes et ne voyant aucune raison objective de souffrir, ils en ont honte.

Très souvent même, comme beaucoup de victimes, ce sont eux qui vont culpabiliser d’être aussi fragiles. De plus, des femmes rétorqueront que si on ne peut rien dire à ces messieurs sans qu’ils s’écroulent, c’est qu’ils ont des problèmes et qu’ils n’ont qu’à se faire soigner. Bien sûr on pourrait trouver cette réponse tout à fait appropriée, si elle n’était la même que celle que faisaient et font encore les violeurs pour se défendre : « je n’ai rien fait de grave, je n’ai fait qu’insister un petit peu et c’est elle qui fait la fragile et qui exagère » ! Dans les deux cas, il y a négation de la différence des sexes : les hommes prêtent aux femmes ce qu’ils pourraient ressentir si une femme insistait pour leur faire l’amour et les femmes prêtent aux hommes le ressentiment qu’elles peuvent éprouver, quand elles se font insulter (sans menaces physiques). Elles ne tiennent pas compte, et la législation non plus, du fait qu’elles sont dans l’imaginaire des hommes des divinités fascinantes mais aussi totalement terrifiantes, et qu’être injurié par une divinité ou un humain n’a pas les mêmes incidences.

Ainsi, avec la nouvelle négation de la différence des sexes, la fragilité physique de la femme est de plus en plus prise en compte, celle psychique de l’homme est niée et il lui est imposé de se calquer sur les qualités et les comportements de la femme. S’il n’y arrive pas, il ne sera pas jugé inférieur, car cette idée est devenue politiquement incorrecte, mais il lui sera conseillé de faire un travail

thérapeutique « sur lui » pour résoudre ses problèmes ! Alors ce « gynocentrisme » qui donne la priorité aux valeurs féminines et qui considère l’homme attardé ou malade, n’est-il pas le pendant féminin du sexisme masculin qui faisait des femmes des hommes imparfaits ?

 

3) L’homme nouveau dans la famille nouvelle.

La famille moderne est une famille où l’autorité est devenue parentale : « l’autorité parentale appartient aux pères et aux mères. » Mais y a-t-il encore des pères et des mères ? En effet que se passe-t-il dans la famille quand il s’agit de stopper un enfant qui est en train de faire des

bêtises ?

Nous ne prenons pas le cas de familles monoparentales, de familles recomposées ou à plus forte raison « décomposées », mais l’exemple d’une famille dite « classique » avec un papa, une maman et des enfants. Comment vont être posées les limites et surtout qui va les poser ? Surtout lorsqu’il n’y a pas la possibilité de discuter devant l’enfant pour se mettre d’accord. Le papa qui a tendance à être moins fusionnel avec son enfant parce qu’il a « neuf mois de retard » peut être moins patient et sentir le besoin d’intervenir.

Mais il veut peut-être, aussi, montrer son côté « féminin » et éviter d’endosser le rôle répressif qui n’est jamais plaisant et qui a pris une connotation tout à fait négative. De plus, s’il se manifeste le premier, il risque de rappeler le macho qui décide seul. Situation délicate ! La maman, au contraire, peut agir sans problème : faisant ce qu’avant elle n’avait pas le droit de faire, elle ne peut qu’apparaître libérée. De plus ne préfère-t-elle pas remplir elle-même cette tache désagréable ? Ne risque-t-elle pas, autrement, d’assister au spectacle encore plus désagréable de la réprimande donnée par quelqu’un d’autre à « son » enfant qu’elle a mis au monde et qu’elle a toujours « naturellement » voulu protéger ? Ainsi pour ces différentes raisons, c’est souvent la maman qui pose les limites et qui sur de nombreux points a le dernier mot, quand ce n’est pas aussi le premier.

C’est plutôt la maman qui intervient ! et alors ? Avant c’était bien le père ! Pour les parents modernes, il n’y a pas d’inquiétude et ce n’est, au pire, qu’un juste retour des choses ! Dans ces situations, pourtant, la vision de l’enfant n’est pas prise en compte. Celui-ci a gardé de sa maman la vision d’une divinité toute-puissante qui ne peut avoir mis au monde qu’un enfant lui aussi tout-puissant. Et, alors que le but de l’éducation devrait être de le faire sortir de sa toute-puissance

fantasmatique, que voit-il ? D’un côté, une maman qui n’écoute pas le papa, qui décide seule et qui a l’air de ne manquer de rien et de personne, c’est à dire pour lui, une maman qui est toujours toute-puissante et qu’il ne peut que continuer à idolâtrer et imiter.

D’un autre côté, un papa qui peut donner de l’affection mais qui ne parle pas et qui, apparemment, ne mérite pas d’être entendu puisque la maman référence ne semble pas juger bon de lui donner la parole et de l’écouter.

Ainsi, l’homme, avec le « partage » des tâches ménagères acquiert un rôle d’aide maternelle et joue de mieux en mieux, et avec plaisir, son rôle affectif de papa. Dans ce domaine pourtant, et malgré ses efforts, ils restent souvent moins performants que la maman et il n’est pas certain

que ses progrès de papa ne compensent la perte de sa fonction de père.

L’homme en effet, parce qu’il ne la veut plus et/ou parce qu’on ne veut plus lui la donner, n’exerce plus la fonction d’autorité et devient un subalterne. Souvent par lassitude, il démissionne ou est démissionné par une maman qui croit pouvoir se passer de lui, avec toutes les

conséquences que cela peut occasionner dans la perte des « re-pères », dans la « fabrication » d’enfants rois, d’enfants hors la loi.

L’homme mal à l’aise dans une société où la norme exige de déployer des qualités féminines, ne se sent pas non plus utile dans l’éducation des enfants, en n’exerçant plus la fonction de père. Il a tendance à se replier, à se faire oublier, à se rendre invisible, à s’évaporer !

Avec la négation de la différence des sexes, les femmes qui ne sont pas non plus dans la fonction de mère, sont-elles gagnantes ? Ce n’est pas sûr ! En niant le manque, la sexualité et donc l’amant, Ces « Vierges Marie », comme les appelle Jacques-Antoine Malarewicz, ne risquent-elles pas de n’apparaître que sur le versant maman ou le versant putain alors que c’est justement ce qu’elles voulaient éviter. Toujours est-il qu’elles sont de plus en plus nombreuses à regretter qu’il n’y ait plus d’homme et plus de père ! Et l’on sait, nous avons pu le constater dans l’Allemagne des années trente, que lorsque les hommes sont humiliés et que les garçons n’ont plus de modèle valorisé à imiter, ils ont tendance à en inventer un autre, dans la caricature. Et c’est la porte ouverte au machisme et au fascisme les plus horrible.

Plus vraiment d’homme, plus vraiment de femme ! Et si c’était plutôt un manque d’humain ou d’Homme avec un H majuscule ? Edgar Morin dans « Le Journal de Californie » en 1970 raconte une histoire : « Une équipe de recherche revient d’une expédition en Afrique destinée à trouver le maillon manquant entre le singe et l’homme : « Nous avons trouvé ! C’était nous… » Peut-être, ne serions-nous pas encore advenus au stade d’Homme avec un grand H ? Et si c’était le cas, peut-être serait-il alors plus juste de parler non pas « d’évaporation de l’homme » mais de

difficulté à naître !

Jean GABARD auteur de « Le féminisme et ses dérives - Du mâle dominant au

père contesté », Les Editions de Paris, 2006.

33 vues

댓글


bottom of page